Les bienfaits de l’échec

L’université d’Harvard - La porte de la sagesse


Pourquoi le titre “les bienfaits de l’échec” ?

Les réseaux sociaux peuvent donner l’impression que tout est facile, simple. L’on montre toutes ces personnes qui ont “réussi” mais non les difficultés affrontées, ni leurs échecs. Ces échecs qui ont fait d’elles ce qu’elles sont. Malgré celles-ci, elles n’ont pas abandonné, elles se sont relevées et poussées par leur passion, elles ont continué.

C’est pourquoi, tout d’abord un petit voyage à Cambridge dans le Massachusetts et plus précisément dans la banlieue de Boston, sur la côte est des Etats-Unis.

Laissez moi vous présenter l’université d’Harvard, l’une des plus prestigieuses universités au monde (pour la petite histoire elle ne compte pas moins de 8 présidents américains, 160 prix nobles, 108 médailles olympiques et plus encore…)

Harvard, la bibliothèque Widener

Et pourquoi Harvard ?

Je voulais vous retranscrire une partie du discours de J.K. Rowling, la romancière britannique (l’auteur d’ Harry Potter) prononcé devant les étudiants d’Harvard lors de la remise des diplômes en 2008.. (source : gazette-du-sorcier.com)

 

“Les bienfaits de l’échec ”

 

« Madame la Présidente Faust, Mesdames et Messieurs les membres de la Corporation Harvard et du Comité d’administration, Mesdames et Messieurs les enseignants, les parents fiers de leurs enfants, et, surtout, chers nouveaux diplômés.

La première chose que je voudrais vous dire est « merci ». Non seulement Harvard m’a fait un honneur extraordinaire, mais en plus, les semaines de crainte et de nausée que j’ai vécues en pensant à ce discours de remise des diplômes m’ont fait perdre du poids. J’y gagne sur tous les plans !

Maintenant, tout ce qu’il me reste à faire est, respirer calmement, jeter un coup d’œil aux bannières rouges et essayer de me convaincre que je suis à la plus grande réunion de Gryffondor du monde.

Donner un discours de remise de diplômes confère une grande responsabilité; du moins, c’est ce que je pensais, jusqu’à ce que je me souvienne du jour où on m’a remis mon diplôme à moi.

Ce jour là, le discours était donné par la grande philosophe britannique Mary Warnock. Réfléchir à son discours m’a beaucoup aidé à écrire celui que je m’apprête à vous donner, parce que je ne me souviens pas du moindre mot qu’elle a dit ce jour là. Cette découverte libératrice me permet de continuer sans craindre de vous influencer par mégarde et vous faire abandonner une carrière prometteuse dans les affaires, le droit ou la politique au profit des délices vertigineux de la vie d’un sorcier homosexuel.

Vous voyez ? Si dans quelques années tout ce dont vous vous souvenez est la blague sur le sorcier homosexuel, j’aurai quand même fait mieux que la Baronne Mary Warnock.

Se fixer des objectifs qu’on peut atteindre : voilà la première étape dans l’amélioration personnelle.

En fait, je me suis creusé la tête et le coeur pour trouver ce que je devrais vous dire aujourd’hui. Je me suis demandé ce que j’aurais aimé savoir le jour de ma propre remise de diplômes, et quelles leçons importantes j’ai apprises au cours des 21 années qui se sont écoulées depuis.

J’ai trouvé deux réponses.

En ce jour merveilleux où nous nous retrouvons pour célébrer votre réussite scolaire, j’ai décidé de vous parler des bienfaits de l’échec. Et alors que vous vous tenez à l’orée de ce qu’on appelle parfois « la vraie vie », je veux chanter les louanges de l’imagination, qui est primordiale.

Ces choix vous paraîtront peut-être chimériques ou paradoxaux, mais donnez-moi une chance de vous convaincre.

Se souvenir de la jeune fille de 21 ans que j’étais lorsqu’on m’a remis mon diplôme est une expérience plutôt inconfortable pour la femme de 42 ans qu’elle est devenue. Lorsque j’avais la moitié de mon âge actuel, je tentais de préserver un équilibre précaire entre les ambitions que j’avais pour moi-même et ce que mes proches attendaient de moi.

J’étais convaincue que la seule chose que je voudrais jamais faire était écrire des romans. Néanmoins, mes parents, qui venaient tous deux de milieux pauvres et qui n’avaient pas été à l’université, estimaient que mon imagination suractive était une excentricité amusante de mon caractère qui n’aiderait jamais à rembourser un emprunt immobilier ni à garantir une retraite.

Ils espéraient que je suivrais une filière professionnelle; je voulais faire de la littérature anglaise. Nous atteignîmes un compromis qui, avec le recul, ne satisfaisait personne, et j’etudiai les Langues vivantes. La voiture de mes parents avait à peine tourné au coin de la rue que je me suis empressée d’abandonner l’allemand pour me précipiter au département de Langues anciennes.

Je ne me souviens pas avoir jamais dit à mes parents que je faisais des Langues anciennes; il est très possible qu’ils l’aient découvert le jour de la remise des diplômes. De toutes les matières sur Terre, je pense qu’aucune ne leur paraissait plus inutile que la mythologie grecque quand il s’agissait de réussir à voyager en classe affaires.

Je voudrais préciser, entre parenthèses, que je ne reproche pas leur point de vue à mes parents. Il y a une date limite au delà de laquelle on ne peut plus reprocher à ses parents de nous avoir mis dans la mauvaise direction; à l’instant où vous avez l’âge de vous diriger vous-mêmes, c’est vous qui êtes responsables.

De plus, je ne peux pas en vouloir à mes parents d’avoir espéré que je ne vivrais jamais dans le besoin. Eux-mêmes avaient été pauvres, et je suis d’accord avec eux pour dire que ce n’est pas une expérience anoblissante. La pauvreté introduit la peur, le stress et parfois la dépression; cela implique des milliers de petites humiliations et de difficultés. Se sortir de la pauvreté à la force de ses bras, voilà quelque chose dont on peut être fier, mais il n’y a que des imbéciles pour penser que la pauvreté elle-même est très romantique.

Ce dont j’avais le plus peur à votre âge, ce n’était pas la pauvreté.

C’était l’échec.

A votre âge, malgré un clair manque de motivation à l’université - où j’avais passé bien trop longtemps à la cafétéria à écrire des histoires, et bien trop peu de temps en cours - j’avais un certain talent pour passer des examens, et depuis des années, c’était là la mesure de ma réussite dans ma vie et dans celle de mes pairs.

Je ne suis pas suffisamment bornée pour penser que parce que vous êtes jeunes, doués et avez reçu une éducation de qualité, vous n’avez pas pour autant jamais connu des épreuves ou du chagrin. Le talent et l’intelligence n’ont jamais vacciné personne contre les caprices des Parques, et je suis loin de m’imaginer que tous ceux présents ici ont connu une vie de privilèges et de contentement sans un pli.

Néanmoins, le fait de sortir de Harvard suggère que vous n’avez pas l’habitude de l’échec. Peut-être même êtes vous poussés par la peur de l’échec autant que par le désir du succès. En fait, votre conception de l’échec n’est peut-être pas très éloignée de ce que le concitoyen lambda appellerait une réussite, vues les hauteurs que vous avez déjà atteintes d’un point de vue scolaire.

En fin de compte, c’est à chacun de décider pour soi-même ce qui définit un échec, mais le monde autour de vous meurt d’envie de vous donner un ensemble de critères, si vous êtes prêts à les accepter. Alors je pense que l’on peut dire que toutes les mesures conventionnelles établiraient que seulement sept ans après ma remise de diplôme, j’avais échoué de façon monumentale. Un mariage exceptionnellement court avait implosé, j’étais sans emploi, une mère seule, et aussi pauvre qu’on peut l’être au Royaume-Uni sans être SDF. Les craintes que mes parents avaient pour moi, et que j’avais moi-même, s’étaient avérées, et selon tous les critères habituels, j’étais le plus gros échec que je connaissais.

Je ne vais pas me tenir devant vous et vous dire que l’échec est une expérience amusante. Cette période de ma vie était sombre, et je n’avais aucune idée qu’il allait y avoir ce que les journaux appellent une fin en conte de fées. Je n’avais aucune idée de la longueur du tunnel, et pendant longtemps, la seule lumière au bout était plus un espoir qu’une réalité.

En ce cas, pourquoi parler des bienfaits de l’échec ?

Tout simplement parce que mon échec m’a fait me séparer de tout le superflu. J’ai arrêté d’essayer de me convaincre que j’étais autre chose que ce que j’étais vraiment, et j’ai commencé à concentrer toute mon énergie sur la seule oeuvre qui m’importait vraiment. Si j’avais réussi quoi que ce soit d’autre dans ma vie, je n’aurais jamais eu la détermination nécessaire à la réussite dans la seule arène à laquelle je pensais réellement appartenir. J’étais libérée, parce que ma plus grande crainte s’était déjà réalisée, et j’étais encore vivante, et j’avais encore une fille que j’adorais, et j’avais une vieille machine à écrire et une grande idée. J’avais touché le fond, mais le fond est devenu la fondation solide sur laquelle j’ai rebâti ma vie.

Peut-être n’échouerez vous jamais autant que moi j’avais échoué, mais on ne peut éviter une certaine dose d’échecs dans la vie. On ne peut pas vivre une vie sans échouer quelque part, à moins de faire tellement attention à tout qu’on aurait tout aussi bien pu ne pas vivre - auquel cas on échoue par défaut.

L’échec m’a donné une sécurité intérieure que je n’avais jamais atteinte en passant des examens. L’échec m’a appris des choses sur moi-même que je n’aurais jamais pu apprendre autrement. J’ai découvert que j’avais une volonté d’acier, et plus de discipline que je ne le croyais; j’ai aussi découvert que j’avais des amis qui valaient plus que des rubis.

Savoir qu’on est sorti plus sage et plus fort d’un revers permet de se rendre compte que finalement, on est capable de survivre. Vous ne vous connaîtrez jamais vous-même, ni ne connaîtrez la force de vos relations, à moins d’avoir été mis à l’épreuve. Cette connaissance est un véritable cadeau, même si elle est douloureuse à obtenir, et à mes yeux, elle vaut plus que tous les diplômes que j’ai jamais reçus.

 

Harvard university

Si j’avais une machine à remonter le temps, ou un Retourner de Temps, je dirais au moi de 21 ans que pour être heureux, il faut savoir que la vie n’est pas une liste d’acquisitions ou d’accomplissements qu’il faut obtenir. Vos diplômes, votre CV ne sont pas votre vie, même si vous rencontrerez beaucoup de gens de mon âge ou plus vieux qui confondent les deux. La vie est difficile, compliquée, personne ne peut la contrôler, et avoir l’humilité de savoir cela vous permettra de surmonter ses vicissitudes.

J’espère que ce texte vous a plu et à la semaine prochaine pour de nouvelles découvertes.

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